C’est une nouvelle qui fait du bien dans un territoire habituellement davantage associé aux fermetures d’usines qu’aux grands investissements industriels. Le groupe allemand Zwilling a officialisé un investissement de 42 millions d’euros dans son usine Staub de Merville, dans le Nord, pour remplacer sa fonderie historique par des fours à induction électrique. Un projet de décarbonation industrielle ambitieux qui permettra de réduire les émissions de CO₂ du site de 90%, de moderniser l’outil de production et de pérenniser les 381 emplois de ce qui est l’unique site de fabrication mondial des cocottes en fonte Staub.
Staub, la cocotte made in Nord depuis des décennies
La marque Staub est mondialement connue des amateurs de gastronomie. Ses cocottes en fonte émaillée, ses poêles et ses plats à gratin sont présents dans les cuisines de chefs étoilés et d’amateurs passionnés sur tous les continents. Ce que peu de consommateurs savent, c’est que l’intégralité de ces produits en fonte — 100% de la production mondiale — est fabriquée dans une seule usine : celle de Merville, à une trentaine de kilomètres de Lille.
Rachetée par le groupe allemand Zwilling (lui-même spécialiste des couteaux et de la coutellerie depuis 1731) en 2008, Staub a conservé et développé son ancrage nordiste. L’usine de Merville emploie aujourd’hui 381 personnes et constitue l’un des piliers économiques de cette commune de 5 000 habitants de la plaine de la Lys.
42 millions pour une révolution verte dans la fonte
Le projet annoncé par Zwilling est d’une ambition remarquable. La fonderie traditionnelle de Merville, qui fait fondre la fonte dans des cubilots alimentés au coke depuis des décennies, va être entièrement remplacée par des fours à induction électrique. Cette technologie, plus propre et plus précise, va permettre de réduire les émissions de CO₂ du site de 90% — un objectif aligné avec les engagements climatiques du groupe et les exigences croissantes des marchés internationaux en matière de traçabilité environnementale.
Concrètement, le chantier représente la construction d’un nouveau bâtiment industriel de 6 000 m² pour accueillir la nouvelle fonderie et ses équipements de pointe. En parallèle, un bâtiment dédié aux employés sera construit, avec une nouvelle cafétéria, des vestiaires modernisés, des espaces sociaux et, à terme, un magasin d’usine permettant aux visiteurs d’acheter directement les produits Staub sur le site de fabrication.
Pour alimenter les nouveaux fours électriques, qui nécessitent une puissance considérable, des travaux de raccordement électrique doivent préalablement être réalisés à Estaires, commune voisine de Merville. Ces travaux d’infrastructure, pris en charge en partenariat avec le gestionnaire du réseau, sont prévus avant le démarrage du chantier de la nouvelle fonderie, planifié pour le second semestre 2028.
Un signal fort pour le maintien de l’industrie en France
Dans un contexte de désindustrialisation chronique et de multiplication des plans de licenciements, l’annonce de cet investissement de Zwilling-Staub à Merville a été accueillie comme un signal positif fort par les acteurs économiques et politiques du Nord. La confirmation attendue de l’Élysée pour cet investissement témoigne de l’attention des pouvoirs publics à ce type de projet qui conjugue maintien de l’emploi, modernisation industrielle et transition écologique.
Le groupe Zwilling illustre une tendance qui se développe parmi les grandes entreprises internationales : le “nearshoring” ou relocalisation de la production au plus près des marchés consommateurs, couplé à une décarbonation des processus industriels. Dans ce schéma, Merville tire avantage de son expertise séculaire dans la fonderie en fonte et de sa main-d’œuvre qualifiée pour rester compétitif face aux productions asiatiques à bas coût.
L’écosystème de sous-traitants locaux bénéficiaire
Au-delà des 381 emplois directs préservés et potentiellement développés à terme, l’investissement de Zwilling-Staub aura des effets d’entraînement sur tout l’écosystème de sous-traitants et prestataires qui gravitent autour de l’usine. Fournisseurs de matières premières (fonte, émaux, pigments), prestataires logistiques, entreprises de maintenance industrielle, fournisseurs d’emballages, agences de transport : des dizaines d’entreprises de la région travaillent directement ou indirectement pour l’usine de Merville.
Le chantier de construction lui-même, prévu pour 2028, représentera une commande significative pour les entreprises du BTP de la région : terrassiers, maçons, charpentiers métalliques, électriciens industriels, installateurs de ventilation et de traitement de l’air, spécialistes des réseaux haute tension. Ces marchés, qui seront probablement attribués par appel d’offres, représentent une opportunité concrète pour les PME industrielles locales.
La fonte en France : une tradition industrielle qui résiste
Le cas de Staub-Merville illustre la résistance d’un savoir-faire industriel français dans un secteur — la fonderie — qui a pourtant été massivement délocalisé depuis les années 1990. La fonderie de précision, qui requiert des compétences techniques pointues et des équipements spécialisés, reste une activité dans laquelle la France maintient une expertise reconnue mondialement.
D’autres fonderies françaises, notamment en Alsace, en Normandie et en Pays de la Loire, continuent de produire des pièces de haute qualité pour l’automobile, l’aéronautique, le médical et l’industrie agroalimentaire. Ces entreprises, souvent de taille moyenne et familiales, sont les dépositaires d’un savoir-faire transmis de génération en génération qu’il serait très difficile de reconstituer une fois perdu.
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